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Octobre 2007

Jean-Paul Chauveau
ATILF-Nancy Université


Le Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW) et les français expatriés

Comme on le sait, le Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW) de Walther von Wartburg constitue l’ouvrage de référence en matière d’étymologie et d’histoire du lexique français. Il est évidemment perfectible et il existe des moyens variés de le compléter ou de le corriger. Mais ceux-ci restent sectoriels et ne peuvent fournir le plus souvent que des émendations ponctuelles, même si elles sont importantes. Les dictionnaires étymologiques du français parus depuis la mort de Wartburg ont une visée plus pédagogique ou vulgarisatrice que scientifique (Picoche 1971 ; Rey 1992 ; Baumgartner et Ménard 1996) ou bien recèlent quelques pépites dans une montagne de pierres (Guiraud 1982). Les notices historiques et étymologiques du TLF constituent une révision globale de l’histoire des seuls mots du français moderne, tandis que le DEAF réexamine à nouveaux frais le lexique du seul ancien français. La perspective globale reste donc l’apanage du FEW. Or pour étudier les origines des français expatriés on a justement besoin de la période chronologique entre la langue du Moyen Âge, l’ancien et moyen français, et la langue moderne depuis la période classique, c’est-à-dire la période que l’on appelle depuis quelque temps le français pré-classique, à cheval sur le 16e et le 17e siècle. Les efforts portés sur cette période restent dispersés. En outre, comme dans la constitution de ces nouvelles communautés francophones les classes populaires ont joué un rôle essentiel, il est nécessaire de connaître la langue qu’elles parlaient, le français populaire de cette période. Ce qui est vrai du savoir historique et étymologique sur le français commun l’est encore plus sur les variétés populaires pour lesquelles le FEW est sans concurrent. Ces diverses raisons font que le FEW est toujours indispensable et qu’il reste la référence obligatoire.

Mais cette référence nécessaire est insuffisante, pour plusieurs raisons. Je voudrais montrer que la base qui doit fournir le point de départ de l’explication du lexique des français expatriés, ses étymons, n’est pas aussi bien connue qu’on le souhaiterait. En tout cas, cette base n’est pas représentée dans le FEW dans toutes ses composantes et il lui arrive d’y être décrite imprécisément. Ce qui y est le moins satisfaisant, c’est, entre autres, le lexique populaire, colonial et régional du français. Comme ce sont là les grands pourvoyeurs des spécificités originelles du lexique créole, il y a lieu d'envisager des recherches ciblées sur ces différents aspects pour pallier les insuffisances du FEW.

  1. Insuffisance des connaissances sur le français de la période cruciale.

Je me contenterai d’un exemple pour montrer que l’état des connaissances sur la langue des 16e, 17e et 18e siècles n’est pas aussi bon qu’on le croit généralement. Certes la littérature de cette époque est bien représentée dans une base textuelle comme Frantext et elle a été très minutieusement étudiée par les dictionnaires généraux comme le Littré (1873), par exemple et par plusieurs dictionnaires différentiels (Livet 1895-1897 ; Huguet 1910 ; Cayrou 1923 ; Huguet 1925-1967 ; Dubois & Lagane 1960 ; etc.), mais c’est la limite de ces sources d’avoir essentiellement dépouillé des œuvres littéraires. Même en s’en tenant à la langue écrite, on voit que seule une partie de l’écrit de cette époque a été systématiquement dépouillée. Et je ne parle pas des textes d’archives, que les Québécois examinent bien plus intensément que ce n’est fait en France, cf. par exemple Juneau & Poirier (1973). Les relevés les plus neufs sur la langue populaire se trouvent dans les dépouillements que Pierre Enckell a publiés dans les Matériaux pour l’histoire du vocabulaire français (Enckell 1981 ; 1989 ; 1991). Pour illustrer mon propos, je me limiterai à une double page (Le Menn 1996 : 1, 250-1) d’un dictionnaire breton-français et vice-versa publié à Quimper en 1659 par un jésuite, le R. P. Julien Maunoir, comme clés d’un catéchisme à l’intention du clergé bas-breton. Le dictionnaire français-breton compte 126 pages, avec environ 50 entrées par page, le dictionnaire breton-français seulement 50 pages qui sont plus remplies. Ce n’est plus de la littérature, mais un ouvrage utilitaire, de la lexicographie basique. A cette date de 1659, Corneille a fait jouer le Cid depuis déjà 22 ans, Molière connaît son premier triomphe avec les Précieuses ridicules et il ne faudra attendre que cinq ans pour assister à la première tragédie de Racine. On est déjà à l’époque classique et pourtant cette double page révèle quelques faits qui manquent aux dictionnaires qui prétendent décrire le lexique de cette période :

- sens qui manquent dans Littré : floquon de cheveux loc. nom. m. « mèche de cheveu » , brèche n. f. « entrée d’un champ », tirerie de lin n. m. « arrachage du lin », traversier n. m. « traversin de lit ».

- variantes formelles non signalées par Littré : router v. intr. « roter », ourme n. m. « orme », travoel n. m. « travouil, dévidoir ».

- types lexicaux qui manquent dans Littré : tenve adj. « mince », marcou n. m. « chat mâle », frambois n. m. « fumier ».

Cela fait quand même 10 faits récoltés en deux pages imprimées, ce qui est beaucoup. Le FEW est plus informatif ; il peut nous apprendre qu’on a affaire à des archaïsmes au 17e siècle :

-avec ourme, encore enregistré en 1585 en français, mais qui s’est conservé dans les parlers dialectaux de Wallonie et de Normandie, entre autres (14, 5ab, ulmus),

-avec router connu jusqu’à Cotgrave 1611 et maintenu dans les parlers dialectaux de Normandie, Haute-Bretagne, Poitou, Saintonge, etc. (10, 539a, ructus),

-avec tenve encore signalé comme français par le dictionnaire de Crespin en 1637 et resté vivant dialectalement en Normandie (13/1, 229b, tenuis),

-avec marcou, relevé en français de 1513 jusqu’à Scarron et maintenu jusqu’à l’époque contemporaine dans les parlers dialectaux à travers tout le domaine d’oïl.

Et il nous fait voir des régionalismes dans

-le successeur d’un plus ancien fembroi (13e—16e s.), la forme à métathèse frambois qui est répandue dialectalement, à l’époque contemporaine, en Haute-Bretagne, en Poitou et en Aunis (3, 546a, fimus),

-le sens de « traversin de lit » pour traversier, connu en français du 13e au 16e siècle, principalement en Poitou et Saintonge et qui survit dans les parlers dialectaux de l’Ouest, du Nantais jusqu’à la Saintonge (13/2, 221a, transversarius),

-la forme travoel qui correspond aux formes modernes de type travoué qui dominent dans les parlers dialectaux de la Haute-Bretagne et du Maine (13/2, 154b, *traduculus).

Mais il ne nous renseigne pas mieux cependant pour les sens de brèche (Ø 15/1, 263a, *breka), de flocon (Ø 3, 624b, floccus) et tirerie (Ø 6/1, 414a, martyrium).

On voit que grâce à l’ampleur des sources mises en œuvre par le FEW, la plupart des données de nos deux pages non encore enregistrées par la lexicographie sur la langue classique y trouvent un répondant. La conjonction des données écrites récupérées à toutes les époques de la langue avec les données dialectales notées seulement à l’époque contemporaine fournit une masse documentaire à l’intérieur de laquelle les matériaux nouveaux s’insèrent très facilement. Cela laisse présumer qu’on doit pouvoir trouver dans le FEW la plupart des points de départ du lexique des français expatriés.

Il ne faut cependant pas sous-estimer le fait que trois de nos dix faits inconnus de Littré ne sont pas non plus enregistrés par le FEW. Ces sens spécifiques ont bien été usités, puisqu’on les a relevés dans l’oralité contemporaine, en Bretagne. Et on voit qu’on a affaire avec ces trois mots : brèche « ouverture d’un champ », flocon de cheveux « mèche de cheveux », tirerie de lin « arrachage du lin », à des réalités et des mots courants de la vie rurale. Celle-ci est bien représentée dans le dictionnaire de Maunoir, parce que son auteur le destinait aux ecclésiastiques qui voulaient se faire comprendre de la population de la Basse-Bretagne, à 90% rurale au 17e siècle. Cela laisse présager que le lexique et la langue des simples gens, le français provincial et populaire de l’époque classique, ne nous est connu que de façon approximative, et le plus souvent indirectement, par sa survie dans les parlers dialectaux de l’époque contemporaine et dans la mesure où ceux-ci ont fait l’objet de relevés. D’où l’importance cruciale des dictionnaires patois, des glossaires dialectaux. Mais ils sont de valeur très inégale. Il y a des régions qui bénéficient de dictionnaires patois amples et très précis, comme l’Anjou, la Saintonge, Jersey, par exemple pour se limiter à l’Ouest, et d’autres pour lesquelles le FEW n’a pas pu disposer de relevés aussi riches, comme la Touraine, la Beauce ou le Perche. Enfin à l’époque de Wartburg, il y avait de véritables vides documentaires comme les Côtes-d’Armor et le Morbihan. Voir sur tout cela Wartburg & Keller & Geuljans 1969.

Il faut tenir compte aussi du fait que ce n’est pas directement, mais par un biais que nous atteignons la langue populaire des simples gens du 17e siècle, par le biais des dialectes des 19e et 20e siècles. Ceux-ci sont très certainement liés à la langue populaire du 17e siècle, mais ils n’en donnent qu’une représentation indirecte qu’il faut interpréter.

B) La prise en compte des lexiques des français expatriés dans le FEW.

Assez souvent ce sont paradoxalement les français expatriés qui nous renseignent le mieux sur la langue parlée dans l’ouest de la France, la patrie de la plupart des émigrants. Mais ces français expatriés ne sont pas précisément le point fort du FEW.

  1. Un seul français expatrié a été pris en compte dès le départ.

Tandis que pour les parlers galloromans d’Europe Wartburg s’est efforcé de se procurer le catalogue le plus exhaustif possible de sources lexicales, il n’a pas poussé aussi loin la recherche pour les français expatriés. Dans l’index des langues et parlers qui accompagnait le premier fascicule de 1922, il y a une étiquette

kanad. = kanadisch-französisch [= français-canadien]

mais elle ne renvoie à aucune source. Les seuls parlers expatriés qui soient enregistrés dans cet index avec une référence bibliographique sont le francoprovençal de Faeto, dans le sud de l’Italie, le vaudois de Neu-Hengstett, dans le Württemberg. Autrement dit c’est la portion congrue pour le français.

La première édition du Beiheft (Wartburg 1929), qui contient la bibliographie du FEW, en 1929, après la parution du premier volume du FEW, est un peu plus explicite. L’étiquette kanad. est développée en « kanadisch, das französische idiom in Kanada » [canadien, le parler français du Canada], ce qui, au fond, ne dit rien de plus que la version antérieure et ce qui est une grosse simplification et un fourre-tout par rapport à ce que l’on savait déjà à l’époque1. Les données ainsi étiquetées proviennent désormais d’une source identifiée : Clapin, Sylva, Dictionnaire canadien-français ; Montréal/Boston 1894.

Dans la seconde version du Beiheft parue en 1950 (Wartburg 1950), vient s’ajouter la référence au : Glossaire du parler français au Canada, publié par la Société du parler français du Canada, à Québec en 1930 (= GPFC).

Le Supplément bibliographique, publié en 1957 par Margarete Hoffert (Wartburg 1957), n’ajoute aucune source supplémentaire.

Cela signifie que Wartburg apparemment n’a exploité que très peu de sources sur le québécois ; ainsi il n’a jamais disposé du copieux dictionnaire de Dionne (1909), par exemple. Il a fallu attendre l’arrivée à la rédaction du FEW d’un Québécois, André Thibault, en 1988, pour que la panoplie des sources utilisées par le FEW sur le français du Canada s’étoffe véritablement.

  1. Dans la suite la prise en compte des français expatriés est restée restreinte.

Une autre variété de français expatrié a été introduite dans la première édition du Beiheft (Wartburg 1929), le français de la colonie huguenote établie en 1637 à Friedrichsdorf im Taunus, à 20 km au nord de Francfort. Wartburg range ces matériaux parmi les données picardes.

Deux autres variétés de français expatriés ont été enregistrées dans le Supplément bibliographique (Wartburg 1950). Elles concernent la Louisiane et ont été documentées dans les années trente.

La première est le français de Louisiane (Louis.), décrit dans l’ouvrage de William A. Read, Louisiana French ; Baton Rouge 1931. Le commentaire du Beiheft précise bien que seules sont exploitées les pages 1 à 75, celles qui enregistrent « the native element ; French words ». Tout le reste, les emprunts aux langues amérindiennes, à l’anglais, à l’espagnol, aux langues africaines, est laissé de côté.

La seconde est l’acadien louisianais décrit par Ditchy (1932). Ce dernier ouvrage est la seule source du FEW concernant l’acadien. Wartburg avait acquis la thèse de Geneviève Massignon (Massignon 1962), parue trop tard pour que ses matériaux soient intégrés dans les 23 premiers volumes du FEW.

Au total, les colonies francophones sont très peu représentées dans le FEW. Même lorsque des articles scientifiques ont été consacrés à leur français, le FEW ne les a pas utilisés. Ainsi, tandis que, dans les premiers volumes de la Romania, il dépouille « Phonologie du bagnard » (Cornu 1877) sur un parler francoprovençal de Suisse, il laisse de côté la « Note sur le créole que l’on parle à l’Ile Maurice, ancienne Ile de France » (Bos 1880) qui comporte pourtant des remarques sur « le français que parlent les blancs » : « A Maurice on n’attache pas, on amarre ; on ne lâche pas, on largue ; on ne donne pas du jeu, on souque ; on n’attend pas, on espère ; on ne tombe pas, on chavire ; toute lampe est un fanal ; rien n’est prêt, tout est paré, le bain, le dîner, etc. » (Bos 1880 : 578).

Ce n’est pas que Wartburg ait une vision étroite de son champ de travail, le FEW prouve le contraire. Il ne pense pas que le français soit la langue de Paris et que le reste relève d’autre chose qu’on appelle la francophonie. Ce n’est pas une vision idéologique de la langue française qui justifie ces limitations. Mais il veut sauvegarder l’unité méthodologique du FEW. Ce qui y est représenté, c’est la continuité spatiale de la langue, depuis le latin jusqu’à l’époque contemporaine. Le sous-titre définit beaucoup mieux l’ouvrage : Eine darstellung des galloromanischen sprachschatzes [Un tableau du lexique galloroman] que le titre Französisches Etymologisches Wörterbuch [dictionnaire étymologique français]. Le but assigné par Wartburg à son dictionnaire, c’est la description linguistique de l’espace galloroman par l’intermédiaire de l’histoire de son lexique.

3) Seule une partie de ces données a été utilisée.

Cela s’explique par le rôle que Wartburg avait dévolu au kanadisch : il l’avait explicité dès 1929 et c’est resté sa conception tout au long de sa rédaction du FEW.

« Das kanadische ist hier nicht im vollen umfang herangezogen worden, weil dessen bildung wieder ihre eigene geschichte hat. Besonders wurden seine anglizismen ganz beiseite gelassen. Zitiert wird es besonders, wenn es das fortleben einer ältern bed. oder form bezeugt, und zwar nach den westfr. formen. » [le canadien n’a pas été dans cet ouvrage mis à contribution dans sa pleine extension, parce que sa formation a sa propre histoire. En particulier ses anglicismes ont été totalement laissés de côté. Il est spécialement cité quand il documente la survie d’une forme ou d’un sens anciens, et cela après les données du français de l’Ouest] (Wartburg 1929 : 22).

La conviction de Wartburg est que le lexique des français expatriés relève d’une autre histoire que celle des parlers de France et que celle-ci n’a pas à proprement parler sa place dans le FEW. Les innovations (dérivations nouvelles, changements de sens, application de lexèmes à des réalités différentes), les résultats des contacts linguistiques à l’intérieur d’autres continents que l’Europe (comme avec les langues amérindiennes), les contacts linguistiques en position dominée (comme dans le Canada sous domination anglophone) sont des évolutions spécifiques qui se sont déroulées sans lien avec l’ensemble galloroman et n’ont pas à figurer dans un tableau du lexique galloroman. Il est évident que Wartburg cherche à limiter l’extension déjà gigantesque de son dictionnaire. Mais il met aussi en œuvre une conception de l’histoire lexicale qui a sa logique : la rupture des relations avec la métropole a engagé dès le 18e siècle les français expatriés dans des voies propres, de même que les nouvelles populations acculturées ont déterminé de nouvelles langues, les créoles.

Selon Wartburg, les seules composantes du Kanadisch qui méritent de figurer dans le FEW, ce sont celles qui éclairent tel ou tel aspect de l’histoire lexicale du galloroman. C’est ce que permet de voir l’examen d’un article, celui de l’étymon moyen néerlandais *aenmarren, d’où provient le verbe français amarrer (FEW 15/1, 2-4).

Le FEW ne mentionne aucune attestation outremer du verbe amarrer. Pourtant le verbe a une entrée avec de riches développements dans le dictionnaire de Clapin (1894) et dans le GPFC. C’est d’autant plus étonnant qu’on sait que ce verbe au sens général de « attacher » est répandu dans le français de toutes les colonies françaises des 17e et 18e siècles : Québec, Acadie, Saint-Pierre et Miquelon, Louisiane, Réunion (tous selon la BDLP), Maurice (ci-dessus) et qu’il est passé dans les créoles d’Amérique et de l’Océan Indien, voir Chaudenson (2003 : 239). Le caractère massif de cette expansion outremer est totalement passé sous silence par le FEW. Le verbe amarrer apparaît au Moyen Âge et il existe encore dans le français contemporain, à quoi bon enregistrer sa présence au Canada !

Le FEW ne connaît que kan. démarrer « partir ; v.a. se déplacer » (15/1, 3b)2, parce que c’est une donnée intéressante par rapport à : frm. démarrer v. n. « se mettre en marche (en parlant de tout moyen de locomotion) » (env. 1820, Dochez ; depuis le Dictionnaire Général), démarrer « quitter une place » (Scarron ; P.-L. Courier), ne pas démarrer « ne pas quitter une place » (depuis Widerhold 1669), démarrer « changer continuellement de place, être pétillant, vif et léger » (Dictionnaire du Bas Langage 1808), etc. (ibid.).

Et kan. ramarrer v.a. “renouer; réconcilier” (15/1, 4a) est encore plus intéressant parce que, ce préfixé n’étant pas attesté en dehors des parlers dialectaux contemporains de France, il fait remonter sa formation au moins au 17e siècle.

Les français expatriés sont le fruit d’une solution de continuité, d’une rupture avec le monde héréditaire. Leur histoire c’est celle d’un départ, d’une conquête, d’une expansion et de ses rétractions. Ce n’est plus celle de l’évolution organique in situ sans cassures comme en Europe. D’où la décision de Wartburg de ne retenir des français expatriés que ce qui atteste une continuité avec l’un ou l’autre des aspects du lexique d’Europe. Les données extra-européennes ne sont pas citées pour elles-mêmes, mais comme des témoignages de la langue parlée en France au moment de la fondation des colonies.

4) Si le FEW utilise désormais plus de matériaux expatriés, c’est dans la même perspective.

Et, en fait, même si les matériaux utilisés sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui que ceux mobilisés du temps de Wartburg (cf. Rézeau 1994 : 361-363), c’est la même méthode qui est mise en œuvre. Les données d’outremer, dans une perspective galloromane ne sont pas exploitées pour elles-mêmes, mais pour les informations qu’elles fournissent sur l’état du français parlé à l’époque classique. L’un des articles du FEW où les données du français du Canada sont les plus abondamment citées est l’article auris de la refonte de la lettre A (25, 1012-1014) où elles jouent un rôle crucial pour réfuter une étymologisation antérieure. Cela concerne un nom populaire des oreillons qui est connu depuis Rabelais. L’étymon tenté jusque là en faisait un composé formé dans la langue médicale, de type auris pellis, qui se serait confondu formellement avec le paronyme oripeau « lame très mince de laiton ou de cuivre, ayant de loin l’apparence de l’or ». Cette étymologie classait la variation des formes attestées en les ordonnant en fonction de trois régularités fréquemment constatées dans l’histoire lexicale et concernant :

  1. l’ancienneté relative : les formes les plus anciennes sont plus proches de l’étymon ;

b) l’extension géographique relative : les formes les plus répandues sont plus proches de l’étymon que les formes isolées dans des parlers sans prestige ;

  1. la sûreté documentaire : la documentation écrite livre des formes plus constantes que celles qui n’apparaissent que dans la documentation orale.

    En fonction de ces régularités on doit ordonner la variance comme suit :

    1. Mfr. frm. oripeaux m. pl. « oreillons » (depuis Rabelais 1534).
    2. Normandie ouïpeaux m. pl. « oreillons » (depuis Ménage 1694).
    3. Le Louroux éripeaux m. pl. « oreillons » (1908), Châtellerault alipiaux (1867).

Ce qui change tout, c’est que les types a) et c) sont attestés tous deux au Canada et sous des formes dialectales : eripyo, arupyo, orupyo, etc. Bien mieux, le type c) est attesté à la fois au Québec et en Acadie. Du coup, cette présence outremer fait remonter la formation de ce dernier type au plus tard au début du 17e siècle, avant le départ des émigrants. Cela laisse penser que ce type est aussi ancien, sinon plus ancien que le type a) qui a eu la bonne fortune d’être connu d’un écrivain amateur de mots populaires. On peut alors ordonner différemment les types :

  1. éripeaux,
  2. oripeaux,
  3. ouïpeaux.

L’ordonnancement devient alors cohérent : la forme placée en premier est opaque, tandis que les suivantes ont été remotivées par deux croisements parallèles avec oreille (> oripeaux) et ouïe (> ouïpeaux). Ce qu’il convient de faire c’est l’étymologie du type éripeaux, qui ne peut en aucune manière remonter à un étymon auris pellis. Il suffit de mettre ce type en relation avec un autre nom de maladie, emprunté au latin erysipelas, l’érésipèle/érisipèle. Ce nom savant a été altéré dans la langue populaire par la perte de l’une ou l’autre de ses trois syllabes atones : résipèle (-1), ésipèle (- 2), éripèle (- 3). Ce dernier type est attesté, comme nom de l’érésypèle, dès 1537. Il a donc pu être pluralisé à date ancienne sur le modèle de oisel/oiseaux, puisque les oreillons, qui affectent les deux joues, sont très fréquemment dénommés par des substantifs pluriels.

Sans les formes québécoises et acadiennes, on n’oserait pas vieillir de près de 500 ans des formes recueillies dans quelques villages angevins et poitevins. Les français expatriés fonctionnent, pour un certain nombre de faits, comme les archives de la langue populaire (cf. Rézeau 1994), et c’est comme cela qu’ils sont utilisés dans le FEW

5) Les français expatriés ont des relations variées avec le français de France.

Voilà un exemple où les matériaux des français expatriés s’intègrent parfaitement aux matériaux métropolitains, si bien même qu’ils y jouent un rôle crucial. Mais il existe des cas où les données expatriées sont susceptibles de brouiller la compréhension des données métropolitaines, si on les interprète de la même façon. Ces matériaux sont dangereux pour qui est habitué à la continuité galloromane européenne. Alors que la dispersion est révélatrice d’une unité ancienne dans les parlers européens, dans les français expatriés cela dépend des cas. Il y a des exemples où la présence outremer est significative, déterminante, comme ci-dessus, et il en est d’autres où elle est insignifiante, où il ne faut lui faire jouer aucun rôle déterminant dans l’histoire lexicale. Ce peut être parce que les mots des français expatriés ne remontent pas à la période fondatrice et que les échanges linguistiques ont pu se poursuivre.

Le créole réunionnais connaît une locution :

bay kola « rester la bouche ouverte », « ne rien retirer d’une activité, d’un travail, d’une distribution » (DECOI s.v. bâiller).

Celle-ci se rattache très évidemment, comme le signale le récent article batare du FEW, à la locution du français populaire :

    frm. bailler comme un colas « rester inactif, bayer aux corneilles » (1800, DatLex2 32), bâille Colas « (interj. dont on se sert en parlant à un ébaubi, à un nigaud qui a constamment la bouche béante et qui semble n’avoir jamais rien vu que par le trou d’une bouteille) » (1790, DatLex2 19), baye, Colas ! BL 1808.

Celle-ci s’est diffusée dans les parlers dialectaux et jusqu’en occitan :

Franchesse baye donc, Colas ! « (à qn dont on veut souligner l’inertie ou la sottise) », occit. ah ! bado, Coulau, que ta maire fricasso M, ah ! bado, Coulau, qu deman es ta fèsto M.

Et elle a même été nominalisée en français et dans quelques parlers dialectaux :

frm. bâille-colas m. « niais qui reste bouche bée » (Lar 1867--1928), Brotte ba-y kola- « enfant qui baye ; vairon (poisson) » ; Dombras e-t bay kola loc. verb. « croquer le marmot, bayer aux corneilles »3.

Mais l’attestation du créole réunionnais n’oblige pas à remonter le départ de la locution jusqu’à la période de fondation de la colonie. L’absence de la locution dans les autres créoles de l’Océan Indien le prouve. Un certain nombre des colonies fondées au 17e siècle sont restées sous administration française et donc ont maintenu le contact avec le français de la métropole, d’où la possibilité d’introduction de mots populaires récents depuis la France. Ont seuls une valeur catégorique, pour la chronologie des données linguistiques, les français expatriés qui ont perdu pendant une longue période tous liens avec la métropole. Cela signifie également que pour expliquer historiquement les lexiques des français expatriés, on peut laisser carrément de côté les dictionnaires d’argot pour ceux d’Amérique du Nord, mais que pour ceux des DOM-TOM on aurait tort de s’en priver.

Des locutions encore plus récentes et transitoires du français peuvent également s’implanter dans l’un ou l’autre des départements ou territoires d’outremer. Le DECOI (1993 : 189) n’a pas trouvé d’étymologie à kapul « bordure ; frange (cheveux) » qui n’est connu, dans l’Océan Indien, qu’à La Réunion. Le mot est également connu dans certains créoles des Antilles, à la Guadeloupe : kapoul « frange de cheveux » (Ludwig 2002 : 165) et à Marie-Galante : kapoul « petites mèches de cheveux des deux côtés du front » (Barbotin 1995 : 119).

Et ce n’est pas une spécialité exotique, car le mot est aussi bien documenté en Belgique : capoul n. f., plus souvent au pluriel. Wall[onie] Or[rientale]. Vieilli. Avoir des capouls, être coiffé à la chien : A sept ans, j’avais des capouls. Voir chienne. » (Bal 1994 : 41).

Toutes ces données sont liées entre elles et à un point de départ en France même où ce mot a connu pendant un bon demi-siècle un petit succès lexicographique, puisqu’il a figuré dans les Larousse entre 1899 et 1960. Mais ce succès est resté modeste et discret, caché dans l’article consacré au ténor d’opéra-comique Victor Capoul (1839-1924), originaire de Toulouse, qui, lui, à partir de 1861, connut un éclatant succès national, puis rapidement international, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Je cite la dernière mention capillaire des dictionnaires, celle de Larousse (1960-1964) : « Il a donné son nom à une coiffure qui comporte une raie au milieu de la tête, les côtés du front dégagés et le milieu recouvert de deux petites boucles ». Deux mentions dans Frantext remontent à la fin du 19e siècle : « un grand jeune homme distingué, avec une chevelure entretenue à la Capoul, des ongles roses comme ceux des dames, et un sourire toujours aimable » (1880, Maupassant)4, « Beaux guides syriens, tout brodés de soie, poseurs avec des cheveux à la Capoul échappés du turban, en coquetterie avec les dames touristes des agences » (1895, Loti), tandis qu’une troisième, plus tardive, à propos d’un homme proche de la soixantaine, renvoie à la même époque : « sa chevelure, divisée par une raie médiane formait sur le front deux bandeaux de couleur indécise, mais incurvés, mais ailés, mais délicieusement voltigeurs, à la façon du ténor Capoul que le docteur avait beaucoup admiré dans son jeune temps » (1939, Duhamel). On comprend facilement comment la coiffure à la Capoul (Larousse 1897-1904) a pu donner, par une ellipse courante en tel domaine (un vin de Bourgogne > un bourgogne), la capoul. La frange dénommée, à La Réunion ou en Belgique, est différente, et c’est devenu une coiffure féminine aussi bien que masculine, mais la mode varie, comme on sait. Cependant le sens originel s’est conservé intact à Marie-Galante : « petites mèches de cheveux des deux côtés du front » (Barbotin 1995 : 119), attestant l’étape intermédiaire entre la coiffure à la Capoul, de France, et la capoul « frange » des créoles de la Guadeloupe et de la Réunion et du français de Belgique. On sait aussi que l’un des ressorts de la mode est la remise au goût du jour de ce qui fut chic, et on ne sera pas surpris de voir des centaines d’exemples de capoule (sic) sur Internet. En tout cas, capoul est un déonomastique, parisien au départ, qui s’est répandu en quelques dizaines d’années avant de refluer pour ne se maintenir que dans des zones périphériques de la francophonie et, peut-être, connaître, à partir de là, une nouvelle fortune. L’importance de Paris dans le domaine de la mode permet de comprendre la très large diffusion d’une dénomination, en même temps que son caractère éphémère dans le centre créateur en raison du renouvellement constant que la mode y connaît. L’Outremer ne vit pas au même rythme que Paris, mais il connaît sa musique.

Ces français expatriés sont aussi grevés de quelques inconvénients pour l’historien du lexique français. Ils sont marqués par des contacts linguistiques qui leur sont propres et qui ne sont pas aisés à identifier depuis la métropole.

Je prends le cas du mot bazar, que le FEW (19, 33) fait venir du persan, mais que Arveiller, par des attestations plus anciennes et bien localisées, préfère rattacher au turc (Arveiller 1971 : 522-3). Il y a une donnée canadienne dans l’article du FEW et elle est empruntée au dictionnaire de Clapin (1894) : bazar « sorte de fête de charité [où l’on sert des rafraîchissements, et où l’on offre en vente, généralement à l’aide d’une râfle, toutes sortes d’objets hétérogènes, dûs à la munificence d’un chacun./ Les bazars, d’un usage fort répandu, se donnent soit pour secourir les pauvres d’une localité, soit pour aider à la construction ou pour éteindre la dette d’un hôpital, d’une église, d’un couvent, etc.] ». Le FEW a muni cette donnée d’une note : « In Paris wurde 1885 ein Bazar de la Charité gegründet, der 1897 durch brand zerstört wurde » [A Paris en 1885 fut fondé un Bazar de la Charité qui fut détruit par le feu en 1897]. Quel peut être le but de cette note: signaler que ce sens de « fête de charité » doit être plus ancien qu’on ne croit ? indiquer que le québécois a emprunté ce sens au français de la fin du 19e siècle, ou l’inverse ? faire supposer que le mot a connu une évolution sémantique parallèle de part et d’autre de l’Atlantique ? On se perd en conjectures.

Ce qui est beaucoup plus probable, c’est que la dénomination française et le sens québécois se relient tous deux indépendamment au contact linguistique avec l’anglais bazar « vente de charité » que l’OED2 documente déjà en 1876. La prudence de Wartburg a été prise en défaut : la donnée canadienne relève d’une histoire propre et indépendante et ne doit pas être mise en relation avec la donnée de France qui, elle, ne se rattache à l’anglais que très indirectement.

Voici un autre exemple qui concerne le même article. Les îles de Saint-Pierre et Miquelon connaissent une famille lexicale :

bazar n. m. « marché au poisson »,

faire le bazar loc. verb. « vendre le poisson qu’on a pêché ou sa production de légumes sur un étal au marché ou bien de porte en porte »,

bazardier n. m. « pêcheur qui fait le bazar, qui vend son poisson sur un étal au marché ».

Or les deux substantifs sont connus de tous les créoles de l’Océan Indien (voir DECOI 2, 51), à la Réunion, Maurice, Rodrigue et aux Seychelles :

bazar « marché ; denrées vendues au marché »

bazardier, bazardière « marchand, -e, de légumes, de fruits, de fleurs, de poisson, etc. ».

Voilà des données communes à deux zones de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud et qu’on pourrait peut-être aussi relier à l’argot français bazardier n. m. « petit commerçant qui loue à la journée un local » (1872—1896) (FEW 19, 33ab) et au français bazar « marché de plein air » que le TLF qualifie de ‘vieilli’ pour dénommer une réalité européenne et qu’il illustre par une citation de Zola : « Aux deux bords, les cabarets crevaient de monde, rallongeaient leurs tables jusqu'au pavé, où stationnait un double rang de camelots, des bazars en plein vent, des fichus et des miroirs pour les filles, des couteaux et des casquettes pour les garçons; sans compter les douceurs, des dragées et des biscuits. » (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1265).

Voilà de quoi faire une belle reconstruction historique à l’intérieur de la francophonie et voilà même qui apporte de l’eau au moulin des étymologistes (comme Dauzat/Dubois/

Mitterand 1973) qui prétendent que le mot français vient du portugais, puisque le mot créole est rattaché au portugais par les créolistes. Mais une telle reconstruction serait erronée pour plusieurs raisons convergentes :

a) Il faut noter que le sens de « marché de plein air » ne convient pas à la citation de Zola, mais celui de « magasin où se vendent en détail des marchandises diverses, généralement à bas prix » qui est commun en français. Si Zola éprouve le besoin de préciser que les bazars qu’il évoque sont en plein vent, c’est que le sème « de plein air » ne fait pas partie de la signification du mot. Ce sens de « marché de plein air » est en réalité une fausse fenêtre, ouverte pour faire la liaison entre les bazars du Proche Orient et les grands magasins auxquels on a donné ce nom, d’abord en Angleterre, puis en France.

  1. L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon a bien été découvert par les Portugais en 1520, mais il était alors inhabité et on ne signale plus de passage de Portugais postérieurement. Les données de Saint-Pierre et Miquelon n’ont aucun répondant ni au Canada ni dans l’ouest de la France et elles ne sont pas datables.

c) Les substantifs de l’Océan Indien sont attestés, le simple, à la Réunion depuis 1800 et, le dérivé, comme adjectif depuis 1792 à Maurice (un noir bazardier) et depuis 1817 à la Réunion (la négresse bazardière). A cette époque, le simple est encore exotique en France et ne peut s’appliquer à des réalités locales, puisque le sens de bazar « grand magasin où l’on vend des marchandises variées, généralement à bas prix » n’est documenté en France qu’à partir de 1823 (TLF) et comme un emprunt sémantique à l’anglais. A cette même époque les habitants de Saint-Pierre et Miquelon, chassés par les Anglais, sont réfugiés en France, d’où ils ne repartiront qu’en 1816. La chronologie conduit à construire une histoire indépendante à la famille de l’Océan Indien et à la rattacher à l’hindi ba-za-r « marché », par l’intermédiaire de l’indo-portugais bazar « marché ».

d) Que devient alors la famille de Saint-Pierre et Miquelon ? Comme y invite la similitude sémantique et dérivationnelle, on peut souhaiter ne pas la disjoindre radicalement de la précédente. Mais l’indo-portuguais n’a joué aucun rôle à Saint-Pierre et Miquelon. Il convient de considérer que la Réunion et Saint-Pierre et Miquelon relèvent de la même administration française et que toute administration locale a dressé un jour ou l’autre une réglementation des marchés. On peut supposer que cette famille lexicale est d’origine administrative à Saint-Pierre et Miquelon et a été établie selon un modèle réunionnais.

Ces quelques exemples rendent légitime la prudence de Wartburg vis-à-vis des données des français d’outremer. En tout cas ils invitent à considérer que les français expatriés sont mal représentés dans le FEW et qu’il y a lieu de faire systématiquement, au cas par cas, l’inventaire des attestations dans les français expatriés, si l’on veut obtenir des informations meilleures sur le français que parlaient les émigrants du 17e siècle pour l’outremer.

  1. La confusion pratique des français régionaux avec les dialectes.

Le FEW n’a utilisé l’étiquette rég. = régionalisme du français, qu’à partir de 1984. Antérieurement cette catégorie n’était pas ignorée, mais elle n’était pas toujours repérée et les mots qui relevaient de cette catégorie étaient parfois mis sur le même plan que les dialectalismes, voir Lagueunière (2000). En voici deux exemples qui concernent l’ouest de la France.

Bretfr. est le sigle utilisé pour « das innerhalb der bretonischen Bretagne von der zweisprachigen bevölkerung und von den eingewanderten gesprochene französisch » [le français parlé, à l’intérieur de la Bretagne celtophone, par les bilingues et les immigrés]. Ces données relèvent du français, de façon indubitable. D’ailleurs dans la première édition de la BDP, en 1934, ces sources étaient classées sous le titre « français régional parlé dans la Basse-Bretagne ».

Mais sous hbret., sigle correspondant à « haut-breton, mundart der Haute-Bretagne (fr. sprechender, östlicher teil der Bretagne) » [dialecte de Haute-Bretagne (partie orientale de la Bretagne, de langue française], Wartburg a rangé un glossaire de Le Gonidec intitulé Extrait du glossaire breton, ou recueil des expressions vicieuses, surannées ou rustiques, usitées dans la ci-devant province de Bretagne. Ces matériaux appartiendraient donc au dialecte roman de la Haute-Bretagne, le gallo. Mais si l’on examine le recueil de Le Gonidec (Rézeau 2000), on voit immédiatement que l’auteur prend la peine de signaler pour certains mots qu’ils sont employés en Haute-Bretagne5. Cela signifie qu’il n’en va pas de même pour les autres. En outre tous les exemples sont en français et non pas en dialecte. En fait il s’agit d’une collection de régionalismes, récoltés dans différents usages de Bretagne, français de Basse-Bretagne, français de Haute-Bretagne, français populaire de Bretagne.

Cela implique que les régionalismes du français doivent être identifiés à l’aide d’autres sources que le FEW. Ce n’est pas qu’une question terminologique. Si l’on veut que les étymologies françaises, à la différence des étymologies substratistes, échappent au reproche d’être bâties selon le principe de la cafétéria (Chaudenson 2003 : 406-407), il convient de spécifier que les étymons français des lexèmes créoles appartiennent, par principe, au français parlé dans l’Ouest de la France au 17e siècle, la langue des immigrants, et que ce n’est que par exception et dans des conditions définies que ces étymons peuvent être empruntés à certains parlers dialectaux français, puisqu’on n’a aucun indice que les immigrants aient parlé ceux-ci dans leurs établissements d’outremer (Chaudenson 1994). Les dialectes ne se sont pas exportés, puisqu’ils n’ont pas survécu, puisqu’on n’a pas de témoignages de leur usage dans les colonies6, enfin puisqu’il n’y a que des traces résiduelles, infimes, de leur influence sur le système de la langue dans les français expatriés. Un certain nombre de faits répandus dans les français expatriés qui sont attribués aux parlers dialectaux de France sont, en réalité, des régionalismes du français de l’Ouest. Il faut considérer que des faits qui se rencontrent dans plusieurs zones francophones peuvent difficilement être portés au crédit des dialectes de France. On ne peut pas faire passer pour des faits d’origine dialectale des caractéristiques répandues à travers les colonies francophones de l’époque classique. Les dialectophones devaient être d’origines diverses et il est improbable que chaque colonie, quelle qu’ait été sa taille, ait connu un même échantillon de dialectes susceptible d’introduire partout les mêmes dialectalismes. Il est exceptionnel que les français expatriés connaissent des mots originaires de France et à la forme dialectalement marquée. Le plus souvent les lexèmes d’origine localisée en France sont intégrés au système morphophonologique du français (voir Morin 2002 : 40-41).

Il est alors conseillé d’envisager, à titre de première hypothèse, les faits spécifiques des français expatriés comme issus des régionalismes du français de l’Ouest, le français surplombant tous les dialectes de l’Ouest et capable de les influencer. Il est donc avisé de ne pas traiter a priori les données dialectales comme un point de départ pour les français expatriés, mais de les utiliser comme un moyen d’atteindre le français parlé dans l’ouest de la France d’où procèdent les français expatriés.

Utilisées dans cette optique, les données d’outremer peuvent contribuer à donner une géographie de la variation linguistique en trois dimensions et pas seulement en deux dimensions. Traditionnellement la variation spatiale est reportée sur une carte, un plan à deux dimensions. Il faut envisager aussi que dans chaque point de la carte, coexistent des usages différents, orientés vers deux pôles, un pôle dialectal et un pôle français, et cela depuis des siècles. Le pôle français est, dans le domaine d’oïl, répandu depuis la fin du Moyen Age comme usage propre aux couches dominantes de la société, et qui a tendu de plus en plus à descendre l’échelle sociale, mais c’est un français marqué par quelques traits particuliers propres aux différentes provinces.

Pour l’utilisateur du FEW, il y a deux opérations à faire si l’on veut séparer plus nettement régionalismes et dialectalismes.

1)La première opération consiste à réévaluer quelques sources du FEW.

Le guadeloupéen et l’haïtien pak an pak « entièrement » sont rattachés par Annegret Bollée à une variante de la locution française de part en part qui est attestée en Nantais et en Saintonge : de parc en parc, tout à fait justement. Il faut voir que la source nantaise (Anonyme 1820) en question est, de façon exceptionnelle, systématiquement mentionnée dans le FEW, à cause de sa date : schon 1820 [déjà en 1820] (FEW 7, 671a, pars). Les conventions d’écriture récentes retiennent bien sûr cette datation intéressante, mais elles y ajoutent une autre caractérisation, non moins intéressante, celle de régionalisme. Le titre de cette brochure publiée anonymement à Nantes en 1820 est éloquent : « Locutions et prononciations vicieuses, Usitées à Nantes et dans plusieurs autres villes occidentales de la France ». Et l’ « avis » par lequel s’ouvre l’ouvrage est encore plus net :

« Ce recueil, fait il y a quatre ans, par des élèves en littérature, fut d’abord entrepris pour leur usage particulier. L’assurance qu’on leur donna qu’il pourrait être utile à ceux qui n’ont pas le temps de se livrer à l’étude de leur langue, les détermina à le laisser publier, et ils en firent hommage spécial aux jeunes personnes, que la force des impressions étrangères et de l’habitude met trop souvent en contradiction avec leur goût naturel. En effet ces locutions (excepté un petit nombre usitées seulement dans certains quartiers des villes, et qu’on ne laisse ici que pour égayer les lecteurs), sont communes à la petite maîtresse qui cause avec prétention, et à la personne du peuple qui ne veut qu’être entendue. Elles décèlent, également dans l’une et dans l’autre, la plus parfaite ignorance de la grammaire ; mais cette ignorance, on ne la pardonne jamais également à l’une et à l’autre ; aujourd’hui surtout que l’instruction des dames n’est plus négligée à Nantes […]. Au reste on aurait fait de ce recueil un volume, si l’on eût voulu le rendre complet ; mais les jeunes éditeurs ont cru devoir le réduire à ce que peut désirer[,] à cet égard, la classe corrigible de la société » (Anonyme 1820 : 2).

Autrement dit, ce livret a été écrit, sous la férule de leurs professeurs de lettres, par les fils de la bourgeoisie nantaise à l’intention des filles de leur milieu. La langue qui est décrite dans cet opuscule d’une vingtaine de pages, c’est le français qui est courant à Nantes au début du 19e siècle, dans le peuple mais aussi dans cette fraction de la petite bourgeoisie qui n’a qu’une instruction primaire, c’est-à-dire dans la très grande majorité de la population citadine. Ce n’est pas le dialecte, qu’on abandonne volontiers à la « classe incorrigible de la société », les paysans et ruraux indécrottablement patoisants. On a affaire à une cacologie et non pas à un glossaire patois. S’il est fait référence dans le titre à « plusieurs autres villes occidentales de la France », c’est sans doute un argument publicitaire. Mais cela signifie aussi qu’on a le sentiment que ce français courant est un phénomène citadin, totalement distinct de la langue parlée dans les campagnes.

Au moins cette source est claire, mais il y en a d’autres qui sont plus troubles, comme le Glossaire des patois et des parlers de l’Aunis et de la Saintonge (Musset 1929-1948) qui est une énorme compilation de glossaires patois manuscrits, de dépouillements d’œuvres littéraires en dialecte et de dépouillements de textes d’archives d’époque médiévale et d’époque classique. Les sources y sont systématiquement indiquées, mais très souvent le FEW a gommé ces référenciations. Pour de parc en parc, Musset renvoie seulement à un auteur dialectal de la région de Cognac dans la seconde moitié du 19e siècle, Marchandier. On ne peut pas dire que ce soit général en Saintonge.

Ce qui est notable, c’est que le phénomène en cause du particularisme est un hypercorrectisme : la consonne finale de part est amuïe, de même que celle de parc s’est elle aussi amuïe dans les dialectes, régulièrement dans l’Ouest et notamment en Saintonge où [par] dénomme un enclos ou un abri pour les animaux domestiques (FEW 7, 663b, parricus). Il est symptomatique que le mot est attesté en ce sens de « enclos pour les animaux domestiques » au Québec et en Acadie sous les deux formes [pår] et [park] (ALEC 520, 549), c’est-à-dire sous la forme traditionnelle, avec consonne finale amuïe, et sous la forme du français qui sauvegarde la distinction avec part, comme la prononciation [p?rk] « porc » des 17e et 18e siècles maintenait la distinction avec port. Il y a sûrement eu une réfection de la finale du mot parc dans le français de l’Ouest, de [par] à [park], qui aura été poussée un peu trop loin à Nantes. Semblablement, en Charente, l’ALF a récupéré une notation [park] comme dénomination de l’étable dans un point d’enquête (ALF 451 point 529), alors que toutes les autres notations d’abris pour les animaux, antérieures et postérieures (ALO 524, 546, 568), sont de type [par]7. Cela authentifie l’attestation de de parc en parc chez l’auteur dialectal de la région de Cognac. Avec de parc en parc on a donc affaire à un faux rétablissement de consonne finale, caractéristique de locuteurs qui veulent rehausser leur langue. Le phénomène est susceptible de se reproduire, mais ses premières manifestations sont attendues dans le français de la petite bourgeoisie citadine, comme on nous l’atteste justement bien installé à Nantes au début du 19e siècle, résultat d’un processus qui a dû se dérouler au 18e siècle.

2)La seconde opération doit être de réévaluer les données du FEW.

Le FEW mettant sur le même plan, le plus souvent, dialectalismes et régionalismes, il importe d’établir la distinction entre ces deux types d’usages et de repérer les régionalismes quand il y a lieu.

a) Exemple de amarrer « attacher ».

Reprenons l’article *aenmarren pour y examiner les attestations de France. Le FEW ne donne donc comme représentants du type lexical oïlique amarrer que des formes du français général ou bien des dialectes. Ou bien c’est du français commun ou bien c’est dialectal, à en croire les étiquettes géolinguistiques. Le commentaire est plus subtil : le verbe est emprunté au néerlandais, et non à l’allemand, par le français de la marine et diffusé de là en Normandie et dans l’ouest de la France [« amarrer ist besonders in der Normandie und in Westfrankreich verbreitet. Das weist auf entlehnung aus dem ndl., nicht aus dem deutschen (ahd. marran, marren neben marrjan) [...] und zwar aus der marineterminologie »]. Pour Wartburg le westfranzösisch, le français de l’Ouest, comprend en gros le poitevin, l’angevin, le manceau, le haut-breton et le normand, donc en fait le français de l’Ouest, pour Wartburg, ce sont les dialectes oïliques occidentaux..

Le verbe des français expatriés, avec son sens spécifique, est attribué soit à des influences dialectales (« héritage des parlers du Nord, du Nord-Ouest et de l’Ouest de la France » BDLP-Québec ; « le mot est passé du vocabulaire maritime aux dialectes de l’Ouest puis à divers français d’Outremer en élargissant son champ d’application » BDLP-Réunion), soit à des parlers régionaux (« maintien d’un sens des parlers régionaux de France » BDLP-Louisiane), soit à l’influence d’un français maritime, (« emploi de termes « nautiques » tels que amarrer pour attacher » (Hull 1994 : 185). Il n’est pas difficile de montrer que le point de départ n’est pas dialectal. Il n’y a pas que la géographie qui le prouve, les données dialectales portent aussi les traces du parcours du verbe, depuis le français de la marine.

Les formes dialectales exhibent leur caractère emprunté : des formes à développement autochtone se prononceraient amârer, avec un a d’arrière dans la seconde syllabe, ce qui n’est signalé nulle part.

Les sens pris par le verbe dans les parlers dialectaux cités par le FEW manifestent une très forte dépendance par rapport aux sens maritimes :

Amarrer un vaisseau « retenir un vaisseau à son poste, l’immobiliser contre un quai, un autre bateau ou sur une bouée » est poursuivi par : Vaux « empêcher (un véhicule) d’avancer ; être un poids mort », Paris « accrocher qn », fr. pop. « attraper au vol, prendre », « manœuvrer de façon à duper qn, enjôler », « retenir qn par des liens moraux ». Mais le verbe implique aussi le fait d’abriter le vaisseau dans un port, donc de « mettre à l’abri », d’où : Fougères « ramasser », cogl. « cueillir », bmanc. « « recueillir, ramasser ; économiser, rapiner », Charnie « rentrer des fruits », ang. « faire rentrer (le bétail) ».

Amarrer (une bouche à feu, etc.) « maintenir (un canon, un chargement, etc.) sur place, assujettir » d’où pic.« arranger, mettre en ordre », Tinch. « arranger », sair. « apprêter, orner, régler », hmanc. « disputer, corriger, fouetter »8.

Amarrer des cordages « les réunir étroitement par le moyen d’une ligne d’amarrage, un menu filin, etc. », d’où : norm. « attacher », « s’attacher qn ».

Il y a même un véritable jeu de mots qui s’est sans doute fait dans le milieu de la marine. On le rencontre dans la langue de l’ancienne marine de Loire : ang. s’amarrer v. r. « se mettre à la pluie (du temps) ». Ce sens spécifique repose très probablement sur le fait que s’amarrer c’est se mettre au mouillage, dans une région où mouiller signifie « pleuvoir », depuis le 17e siècle, comme dans tout l’Ouest atlantique et, de là, dans toutes les communautés francophones d’Amérique (DRF 693-694), et où une année mouillée est « pluvieuse » (FEW 6, III, 48a). Mais ce n’est pas une exclusivité de la marine de Loire. Ce sens secondaire a dû être courant dans le milieu de la marine de l’Atlantique, car on en rencontre des traces dispersées en Amérique : louisianais s’amarrer « devenir nébuleux (du temps) » (Ditchy 1932 : 38 ; Cormier 1999 : 63), et dans des créoles des Antilles comme de l’Océan indien : haïtien maré « couvert (du ciel) » (Fattier 1998 : 1, 28), guadeloupéen maré « se gâter (du temps) » (Ludwig 2002 : 223), réunionnais amaré « se couvrir (du temps) » (ALRé 52).

Ces divers exemples manifestent l’ « interpénétration du milieu terrien et du milieu maritime » qu’y voyait Chaudenson (1974 : 681) dans les « campagnes pélagiennes » de Chateaubriand ou les « campagnes pélagiques » de Gracq.

Les parlers dialectaux continuent le verbe français, en sont de simples instances, des concrétisations localisées jusqu’à de très longues distances de la mer. Qui peut croire que ces implantations rurales se sont faites de proche en proche, du français de la marine d’abord dans les patois côtiers, puis de ceux-ci, de bouche en bouche, progressivement dans les patois de l’intérieur des terres sur des centaines de kilomètres. Bien évidemment la langue porteuse de ce verbe a été le français, un français propre à l’Ouest, et c’est lui qui l’a introduit jusque dans les campagnes de l’intérieur. L’évolution sémantique ne se fait pas entre les parlers dialectaux, entre les patois : il est impossible de faire dériver hmanc. amarrer « disputer, corriger, fouetter » du dialecte situé entre lui et la mer : bmanc. amarrer « « recueillir, ramasser ; économiser, rapiner » ; au contraire tous deux s’expliquent, indépendamment, par une relation à deux sens du verbe français. Il y a eu un verbe de la marine, au départ, puis, par le canal des marins de mer et d’eau douce, ce verbe s’est diffusé dans le français de l’ouest de la France. A partir de là ce verbe s’est implanté dans les parlers dialectaux et les variétés populaires qui ont spécialisé son sens de manières diverses et le français régional a déterminé un sens plus général, admettant une multitude d’objets et dont le DRF trace le portrait :

Côtes de Normandie, de Bretagne et de Vendée amarrer v. tr. « attacher, nouer, lier, lacer » (DRF 45).

Et c’est ce verbe régional qui s’est répandu aux quatre coins du monde. La présence du verbe outremer et dans les variétés populaires européennes sont deux aspects similaires d’une expansion tous azimuths.

b) Exemple de en pagale « en désordre ».

Cette variante formelle de en pagaille est attestée à la Guadeloupe : anpagal « en pagaille, en désordre, désordonné, sens dessus dessous » et à Marie-Galante an pangal « en pagaille, en désordre ».

Il est sûr que cette forme est répandue dans un certain nombre de parlers dialectaux de l’ouest, mais il faut voir lesquels. Dans l’article du FEW (20, 107-108, peñga-yu-h) il faut d’abord corriger : Mée tomber en pagaille « à plat et en s’éparpillant » qui est une faute, par : tomber en pagale. Il faut ensuite compléter les mentions du FEW9 par : Retz, Vendée, qui y manquent. Enfin il faut relativiser la mention IlleV. (Ille-et-Vilaine) par l’absence de notations de ce type dans le nord de ce département (Ø mal., Canc., Dol, cogl., Foug.). On voit alors que cette locution est surtout nantaise, en Bretagne, et qu’au-delà elle n’est connue que le long de la Loire : Anjou (ang., maug.), Blaisois (Blois), Orléanais (orl.), Sologne (localisation qui manque). Si l’on y ajoute la variante secondaire en paganne attestée en Berry (centr.) et dans le Bourbonnais (Chevagnes), on obtient une aire parfaitement ligérienne, de Nantes jusque dans l’Allier. Mais le mot a pu aussi changer de bassin fluvial : en empruntant le Canal du Centre, il arrive à Montceau-les-Mines (Montceau) et, de là, il atteint le bassin de la Saône, à Verdun-sur-le-Doubs (= verdch.) où le glossairiste définit en pagane loc. « en pagale, pêle-mêle, terme de marine fluviale ». C’est la configuration typique d’un mot de marine10.

Il faut tenir compte aussi d’une notation du Glossaire des patois et des parlers de l’Aunis et de la Saintonge (Musset 1929-1948), qui signale s. v. pagaille, dans un manuscrit du début du 19e siècle, à la Bibliothèque de La Rochelle, la locution avoine en pagale. Cette variante n’est pas seulement oïlique, elle est aussi passée en gascon. Mistral donne pagalo f. « pagaie » à Bordeaux11 et Palay (1961 : 719) a relevé la locution en pagale « de travers, sur le côté » chez un poète bayonnais du 19e siècle, Lagravère.

Au total, Bayonne, Bordeaux, La Rochelle, Nantes, telles sont les voies d’entrée sur la terre ferme de cette variante de la langue de la marine. Car la locution en pagale est bien attestée dans la langue de la marine et dans les dictionnaires du français de 1792 jusqu’au Larousse 1927, tandis que le substantif, base de cette locution, pagale f. « pagaie, rame à pirogue » est enregistré de Savary des Brûlons 1723 jusque dans l’Encyclopédie en 1765 et qu’un emploi métaphorique de pagal(l)e au sens de « grande spatule de bois pour remuer le sucre en sirop (aux Antilles) » est enregistré en français de Savary des Brûlons 1723 jusqu’à Trévoux 1771 (FEW (20, 108a). C’est donc un mot et une locution du français de la marine. S’il se diffuse parmi les terriens, c’est par l’intermédiaire des marins de mer ou d’eau douce. Et c’est également par leur intermédiaire qu’il s’est implanté dans les créoles. Les marins de la côte atlantique ont adopté une variante de pagaye, de forme pagale (peut-être par analogie de la concurrence portal/portail FEW 9, 199b, porta et n 3), régionalisme de la langue de la marine qu’ils ont diffusé auprès des populations avec lesquelles ils étaient en contact, de part et d’autre de l’Atlantique. Il est notable que le mot soit inconnu des français d’Amérique du nord.

c) Exemple de faire factitif suivi de proposition infinitive.

Dans la proposition infinitive gouvernée par faire, verbe factitif ou causatif, le TLF s. v. faire3 n’enregistre que des exemples à l’ordre immuable : faire + infinitif + substantif, quel que soit le rôle syntaxique du substantif : objet de l’action provoquée (faire tuer qn) ou sujet de l’action provoquée (faire rire qn). Si l’on distingue le sujet et l’objet, l’ordre se conserve : faire + infinitif + substantif objet + prép. (à/par) + substantif sujet (faire construire une maison à/par un architecte).

On constate que nombre de créoles adoptent un ordre des mots différent : faire + substantif + infinitif, comme dans les exemples cités par Jourdain (1956 : 211) : « Ex. : j’ai fait boire le cheval = moin fait chuval la bouè […]. Le groupe, inséparable en français, constitué par faire et un infinitif, est dissocié à la Martinique et l’usage créole se retrouve souvent dans le français non surveillé de certaines personnes. Ex. : j’ai fait boire mon cheval ou, je fais manger mon enfant, pourront très bien être en français : J’ai fait mon cheval boire, je fais mon enfant manger ».

Pour l’explication, on peut dire, comme Elodie Jourdain, que la tournure française est un calque de la syntaxe créole, ce qui fait du créole l’étymon du français, position plutôt curieuse. On peut aussi constater qu’une autre syntaxe que celle du français moderne était encore possible en moyen français et jusqu’au 16e siècle. Voici quelques exemples empruntés, textes et références, au Dictionnaire du moyen français (DMF) :

Et afin que il face les genz rire, il dit teles choses que un homme gracieus et vertueus ne daigneroit dire. (ORESME, E.A., c.1370, 272).

Dont dist l'empereur : "On face le duc de Jullers traire avant." On le fist. (FROISS., Chron. M., XIV, c.1375-1400, 169).

...on fera ce povre roi d'Engleterre oultrequidiet tout despendre (...) et li tellement endebter deviers ces Alemans que jamais n'en se vera delivrés. (FROISS., Chron. D., p.1400, 337).

En ce temps [l'an quatre cens cinquante six] que j'ay dit devant, Sur le Noël, morte saison, Que les loups se vivent du vent Et qu'on se tient en sa maison, Pour le frimas, pres du tyson, Me vint ung vouloir de briser La tres amoureuse prison Qui faisoit mon cueur debriser. (VILLON, Lais R.H., c.1456-1457, 11).

Neccessité fait gens mesprendre Et fain saillir le loup du boys. (VILLON, Test. R.H., 1461-1462, 33).

Mais il inventoit l’art et manière de faire les boullets arrière retourner (Rabelais IV, 62) (Gougenheim 1951 : 157)12.

L’usage créole s’accorde évidemment avec cette syntaxe ancienne. Mais il faut noter sa raréfaction précoce en français, sensible dès le 16e siècle. A cela s’accorde son absence apparente au Canada où, au contraire, la tournure du français moderne est attestée dès le 18e siècle13. Il y a cependant un intermédiaire possible entre la langue ancienne et les équivalents d’outremer.

Cette même tournure est bien attestée dans le français de Bretagne. On l’a signalée au début du 20e siècle comme « une tournure très fréquente à Quimper et que je n’ai pas entendue en dehors de la Bretagne. […] le substantif est toujours placé entre l’auxiliaire faire et l’infinitif. On dit faire un élève venir, faire le commerce aller (en breton ober d’eur scolaer donet, JL). / Les exemples que j’ai relevés sont très nombreux. » (Kervarec 1909/1910 : 620).

Il faut bien constater que, malgré la notation de Joseph Loth (= JL) intercalée dans le texte de Kervarec, la tournure bretonne n’est pas strictement identique : ober d’eur scolaer donet se traduit littéralement par : faire à un écolier venir. D’autre part la tournure française examinée n’est pas propre aux bretonnants en Bretagne. En outre j’en ai vainement cherché des exemples dans les parlers dialectaux romans de Haute-Bretagne14. Apparemment, ce n’est pas un calque du breton, ni non plus un calque du dialecte roman de Bretagne ; c’est donc tout simplement du français de Bretagne. Et cette tournure syntaxique bénéficiait d’une parfaite légitimité dans le français de Bretagne du 20e siècle, car je l’ai lue sous la plume de plusieurs universitaires bretons. En voici un exemple d’un celtisant :

« Et aucun érudit, ni nous ni un autre, n’est à l’abri d’une erreur matérielle : ce que nous supposons être une erreur de transcription ou une faute de frappe dans une fiche dactylographiée a fait R[oparz] Hemon répertorier un babilite, à partir d’un pluriel babiliteou, et que, perplexe, il a rendu par « frivolité » avec un point d’interrogation qui n’avait rien de superflu (Geriadur Istorel ar Brezhoneg 5). Vérification faite à la source (Introduction d’ar Vuhez Devot 242, 27), c’est habiliteou « capacités, aptitudes » qu’il convient de lire. » (Guyonvarc’h 1973 : 26*).

En voici un autre exemple sous la plume d’un Haut-Breton :

« Celui, celle qui en barattant, faisait la crème voler, se répandre… n’était qu’un(e) mauvais(e)… » (Guillaume 1963 : 35).

Cette tournure est visiblement un archaïsme du français de Bretagne, que des Bretons ont pu contribuer à propager outremer. On ne peut l’attribuer à aucune influence de substrat, ni à celle du breton ni à celle du gallo. C’est un indice de l’autonomie de certains régionalismes par rapport aux usages populaires et donc que nos sources habituelles risquent quelquefois de ne pas répondre à nos interrogations. Mais cela montre aussi qu’on peut valablement prolonger la survie dans des usages régionalisés de faits linguistiques qui disparaissent de l’écrit littéraire à partir de la Renaissance.

* * *

J’espère que ces quelques exemples suffisent à faire sentir que le français langue commune des élites sociales de l’ouest de la France et modèle imité, voire adopté par les simples gens qui vivaient à leur contact étroit ou bien en mal d’ascension sociale ou encore désireux d’émigrer, cette langue parlée est imparfaitement connue. A défaut de dépouillements dans la documentation à but non littéraire, on ne l’atteint que par les marques qu’elle a laissées sur les parlers populaires et ceux-ci, le plus souvent, ne sont accessibles que par les extraits qu’en a retenus le FEW. C’est une remarquable ressource, qui suffit la plupart du temps. Mais, de temps en temps, il faut se souvenir que cette ressource ne nous met en contact avec la langue parlée du 17e siècle que par deux filtres : la construction des articles du FEW et les glossaires patois. Correctement interprétés, ces deux biais, conjoints au DRF, devraient permettre d’expliquer quelques particularismes des français expatriés. En retour, grâce à des dictionnaires historiques et étymologiques, comme le DHFQ, Cormier (1999) et leurs continuations, d’une part, et, d’autre part, le DECOI et le futur DECA, le français de l’Ouest devient une des zones francophones dont l’histoire lexicale est de mieux en mieux connue.




1 On ne dit plus aujourd’hui canadien, mais Canada et uniquement lorsque le mot est d’emploi général à travers le Canada francophone. Autrement on précise : Québec, Acadie, Ontario, Lac-St-Jean, etc.

2 Avec une surabréviation de kanad. en kan. qui n’est signalée dans aucun état de la bibliographie.

3 Elle a été rattachée en argot à une autre locution faire suer le colas loc. verb. « couper le cou » (1829, EsnaultArg) ; colas m. « cou » (1797, ibid. ; manquent FEW 2, 912a,  ; 7, 109-10, ), d’où le sens spécifique pris par argot faire bâiller le colas loc. verb. « couper la gorge » (1830, LarchNS 1889 ; env. 1840, EsnaultArg). Sur tout ceci, voir : http://www.atilf.fr/few/batare.pdf.

4 La graphie a été revue sur le texte de l’édition imprimée.

5 Par exemple : « affruité adj. « abondant en fruits ». ― Ce pays n’est pas fort affruité (Haute-Bretagne) ».

6 On n’en signale qu’une mention, rapportée par Brunot (1934-1935 : 1056-1057), mais dont la portée doit être sérieusement relativisée, voir Laurendeau (1994 : 134-137) et Pöll (2005 : 138).

7 L’ALF a noté, à Oléron, un autre rétablissement hypercorrect qui transforme parc en part : [part a gɔret] « toit à porcs » (ALF 451 point 535), phénomène confirmé dans la même île par ALO 546, 568, 607.

8 Cf. en français serrer la vis à qqn « traiter qqn sévèrement », souquer qqn « donner à quelqu'un une bonne correction, le punir sévèrement » ou fr. pop. arranger « maltraiter (qqn) ».

9 Les localisations sont citées d’après les abréviations du FEW.

10 Cf. par ex. bran de scie loc. nom. m. « sciure » qui descend de la côte atlantique jusque dans la Haute-Loire (Chauveau 1995 : 84, 87) et qui est passé au Québec et en Acadie (ALEC 1302).

11 Cf. FEW 20, 107b; mais Teste pagalle “pagaie” cité également par le FEW se lit pagaîlle « pagaie ; aviron » dans la source.

12 Brunot (1911 : 593) en cite encore un exemple versifié de 1624 : « Je fais tous les humains sous mes loix se ranger ». Les exemples en français contemporain sont considérés « comme pures singularités de style » sous la plume de Claudel ou de Gide (Le Bidois & Le Bidois 1938 : 49-50), ou bien comme relevant d’ « une langue littéraire assez recherchée » chez Valéry, encore Gide, Vialar, Ikor, Bruckberger (Grevisse 1988 : 1319).

13 Cf. « L’esperance fit manger au P. bien des pistes de chevreux » en 1743 (Halford 1994 : 57). Là où la tournure faire + agent + inf. « faire faire qch à + agent » est connue, « elle est vraisemblablement calquée sur l’anglais » (Brasseur 2001 : XLVIII).

14 Driano (2005 : 222) ne signale que mettre qqn/qch à + inf. avec cette valeur factitive dans le dialecte roman de Haute-Bretagne.

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